Affichez une société qui ne gagne pas d’argent, mais qui se négocie pourtant à prix d’or : voici le paradoxe qui intrigue, agace ou fascine, selon où l’on se place. Les multiples d’Ebitda s’imposent régulièrement comme référence dans les négociations de cession ou d’acquisition, même lorsque d’autres mesures de rentabilité existent. Plusieurs fonds d’investissement privilégient ce critère pour comparer des sociétés de secteurs différents ou opérer des arbitrages rapides.
La popularité de l’Ebitda ne se limite pas aux marchés anglo-saxons. Son rôle dans l’évaluation financière s’est renforcé avec la multiplication des opérations de LBO et la recherche de comparabilité internationale. Ce choix s’explique par la volonté de neutraliser certaines variables comptables jugées accessoires à la performance opérationnelle.
Pourquoi l’Ebitda occupe une place centrale dans l’évaluation d’entreprise
Dans les salles de conseil comme lors des négociations tendues, l’EBITDA s’impose. Débarrassé des intérêts, impôts, dépréciations et amortissements, il met à nu la performance opérationnelle d’une société. Pour les investisseurs, difficile de trouver plus direct : cette mesure s’attaque à la rentabilité sans détour comptable.
Pourquoi cet engouement ? L’EBITDA trace un portrait net de la capacité d’une entreprise à générer des bénéfices à partir de ses activités principales. Ce focus séduit car il simplifie les comparaisons, même entre sociétés éloignées par leur fiscalité ou leur mode de financement. Les analystes qui veulent jauger la solidité d’une entreprise surveillent en particulier le ratio dette/EBITDA. Cet indicateur, utilisé dans les montages LBO ou lors de refinancements, résume en quelques chiffres le nombre d’années nécessaires pour rembourser la dette nette avec l’EBITDA.
Voici quelques raisons concrètes qui expliquent pourquoi l’EBITDA est si souvent mis en avant :
- Évaluation rapide : l’EBITDA accélère la prise de décision lors de fusions-acquisitions.
- Comparabilité : il aligne des entreprises de secteurs et de géographies différentes sur une base commune.
- Capacité à générer du cash : il sert de proxy à l’analyse des flux de trésorerie opérationnels.
La valorisation financière tourne désormais autour des multiples d’EBITDA, souvent érigés au-dessus du résultat net, jugé trop dépendant de la fiscalité ou de la politique d’investissement. Les investisseurs institutionnels se fient à ce critère, estimant qu’il expose plus fidèlement la situation d’une entreprise et sa capacité à dégager des marges, avant d’aborder la Méthode DCF ou l’analyse poussée du free cash flow.
Quels avantages et limites les investisseurs perçoivent-ils dans l’Ebitda ?
Si l’EBITDA plaît autant, c’est d’abord pour sa lisibilité. Ce chiffre met en avant la capacité d’une société à générer un résultat opérationnel, en laissant de côté les charges non monétaires ou les particularités fiscales. Cette approche simplifie la comparaison, utile quand il s’agit d’analyser rapidement des entreprises venant de différents secteurs ou pays. L’EBITDA devient alors une base commune, qui éclaire le potentiel de flux de trésorerie, pierre angulaire de toute décision d’investissement réfléchie.
Pour les fonds, le ratio dette/EBITDA a aussi ses adeptes. Cet indicateur donne immédiatement une idée de la solidité d’une entreprise : combien d’années, à rythme constant, lui faudrait-il pour rembourser ses dettes en puisant dans sa performance opérationnelle ? Ce ratio sert alors de boussole pour évaluer le risque de crédit et choisir la structure de la dette.
Mais tout n’est pas si simple. Derrière l’éclat de l’EBITDA, certaines réalités restent cachées. Il ne tient pas compte des investissements nécessaires à la survie ou au développement du business, ni des flux de trésorerie effectivement disponibles (free cash flow), ni des charges d’intérêts ou du besoin en fonds de roulement. Une société peut donc afficher un EBITDA impressionnant tout en peinant à générer du cash ou à soutenir sa croissance.
Les investisseurs aguerris ne s’y trompent pas : ils confrontent systématiquement l’EBITDA à d’autres indicateurs, notamment les flux de trésorerie, pour mieux évaluer la réalité économique d’une entreprise. L’outil reste central, mais il n’est qu’une étape dans l’analyse.
Comparer l’Ebitda, la méthode DCF et les multiples : quels impacts sur la valorisation ?
L’EBITDA s’est imposé comme le chouchou des analystes pour comparer la rentabilité opérationnelle, tous secteurs confondus. Pourtant, la valorisation ne s’arrête pas à ce chiffre. D’autres outils, comme la Méthode DCF (Discounted Cash Flow) et celle des multiples, structurent les débats.
La méthode DCF, par exemple, s’appuie sur les flux de trésorerie futurs anticipés, actualisés avec un taux reflétant le risque et le coût du capital. Cette approche projette la valeur intrinsèque d’une société, mais sa fiabilité repose sur la pertinence des prévisions, une hypothèse trop optimiste ou une croissance mal évaluée, et la valorisation change du tout au tout.
Quant aux multiples comme EV/Ebitda ou P/E, ils offrent une lecture immédiate pour situer une société face à ses concurrents. Pratiques et répandus, ils ne tiennent cependant pas toujours compte des spécificités stratégiques ou des particularités du secteur. Il suffit de regarder les sociétés technologiques : leur valorisation s’éloigne souvent des standards de l’EBITDA, portée par des perspectives de croissance ou des modèles d’affaires atypiques.
Voici les principales caractéristiques de ces différentes méthodes :
- Méthode DCF : approche tournée vers l’avenir, très sensible aux hypothèses de départ
- Multiples : outil instantané, reflet de la dynamique d’un secteur ou d’un marché
- EBITDA : base opérationnelle, point de départ pour les comparaisons
Miser sur ces différentes approches, c’est naviguer entre instantané et projection, entre photographie brute et scénario. C’est là que se joue toute la subtilité de la valorisation : savoir lire entre les lignes, et ne jamais oublier que derrière chaque chiffre, il y a une histoire à décrypter.


